Thursday, 26 June 2014

Les constructions de temples bouddhistes étaient possibles à cette époque, car le successeur de Sanjaya


À l’inverse des autres temples, qui étaient bâtis sur des surfaces planes, Borobudur a été érigé sur une colline, à 265 mètres au-dessus du niveau de la mer et à 15 mètres au-dessus d’un paléolac asséché8. L’existence du lac a été le sujet d’intenses discussions entre les archéologues du xxe siècle, époque à laquelle on pensait que le temple était construit sur les rives d’un lac ou même au milieu de celui-ci. En 1931, un artiste néerlandais et un spécialiste d’architecture hindoue et bouddhiste, W.O.J. Nieuwenkamp, a émis une théorie selon laquelle la plaine de Kedu était un ancien lac et que Borobudur représentait initialement une fleur de lotus flottant dessus4. Les fleurs de lotus sont présentes dans la grande majorité des œuvres d’art bouddhistes, servant souvent comme trône à Bouddha ou comme base aux stûpas. L’architecture générale de Borobudur suggère la forme d’un lotus dans lequel la posture de Bouddha évoque le sutra du Lotus, surtout présente dans les textes du bouddhisme mahayana, école de bouddhisme répandue principalement en Asie de l’est. Les trois plates-formes circulaires du sommet représenteraient une feuille de Lotus8. La théorie de Nieuwenkamp est cependant remise en cause parce que l’environnement naturel entourant le temple est caractéristique d’une zone sèche.


Derrière les stûpas, le volcan Merapi fumant
Les géologues, quant à eux, adhèrent en majorité à la théorie de Nieuwenkamp, signalant des sédiments d’argile trouvés près du site9. Une étude de la stratigraphie, des sédiments et d’échantillons de pollen ont conduit à confirmer l’existence d’un environnement propre à un paléolac près de Borobudur, ce qui tend à confirmer la théorie de Nieuwenkamp8. L’étendue du lac a fluctué avec le temps et l’étude menée montre que Borobudur était aux abords de celui-ci aux xiiie et xive siècles. Le cours des rivières et l’activité volcanique ont modelé la campagne environnante, dont la zone du lac. Notamment l’un des volcans les plus actifs d’Indonésie, le Merapi, est au voisinage direct de Borobudur et est actif depuis le Pléistocène10[réf. incomplète].

Histoire[modifier | modifier le code]
Construction[modifier | modifier le code]

Bouddhisme et hindouisme cohabitaient sur Java à l’époque de la construction de Borobudur (moines bouddhistes priant au sommet du temple)
Il n’existe pas d’écrits permettant d’affirmer qui a construit Borobudur et pourquoi11. La date de la construction a été estimée entre le moment de taille des pierres situées dans les fondations du temple et les inscriptions retrouvées utilisées dans les chartes royales locales entre le viiie et le ixe siècles. Borobudur a donc dû commencer à être construit aux alentours de l’an 80011. La période située entre 760 et 830 correspond à l’apogée de la dynastie Sailendra, au centre de Java, alors quelle était sous l’influence de l’empire de Sriwijaya12. Il est estimé que la construction aurait duré 75 ans et aurait été achevée sous le règne de Samaratungga en 82513,14.

Il y a un doute quant à la religion, hindouiste ou bouddhiste, des dirigeants de Java à cette époque. Les Sailendras étaient connus comme étant des suiveurs ardents de Bouddha alors que des inscriptions gravées dans la pierre trouvées à Sojomerto suggèrent qu’ils étaient hindouistes13. C’est à cette époque que de nombreux monuments hindouistes et bouddhistes ont été édifiés dans les plaines et les montagnes autour de la plaine de Kedu. Les monuments bouddhistes tels que Borobudur ont été construits à la même période que le complexe religieux de Prambanan, dédié au dieu hindou Shiva. En 732, le roi shivaïte Sanjaya commanda la construction d’un sanctuaire pour des lingams de Shiva sur la colline d’Ukir, située à seulement 10 kilomètres à l’est de Borobudur15.

Les constructions de temples bouddhistes étaient possibles à cette époque, car le successeur de Sanjaya, Rakai Panangkaran, les autorisa16. Panangkaran donna même le village de Kalasan à la communauté bouddhiste, comme le spécifie la charte de Kalasan datant de 77816. Cela amena certains archéologues à croire qu’il y avait de sérieux conflits concernant la religion sur Java à cette époque, ce qui forçait les souverains hindouistes et bouddhistes à faire des compromis en autorisant la construction de temples de la religion opposée à la leur17. Cette rivalité concernait probablement les deux dynasties royales rivales de Java, les Sailendra bouddhistes et les Sanjaya shivaïtes. Ces derniers triomphèrent de leur rival en 856 lors de la bataille du plateau de Ratu Boko18. Le temple de Lara Jonggrang dans le complexe de Prambanan est perçu par certains comme la réponse de Rakai Pikatan de la dynastie Sanjaya à Borobudur, mais d’autres suggèrent qu’un climat de coexistence pacifique avec les Sailendra aurait permis l’édification de Lara Jonggrang19.

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